Chemins qui ne mènent nulle part

« Le Capitaine : Alors, c’est ça le néant ?
Kurt : C’est son début. », Auguste Strindberg – La Danse de la mort.

On oublie parfois que nos auteurs préférés ont un jour été étudiants, que leur œuvre a du connaître un commencement et des évolutions pour aboutir jusqu’à nous. La parution de textes inédits de Samuel Beckett – même si ces derniers restent anecdotiques – ne peut qu’être un événement tant cet auteur demeure fascinant.

Ce recueil réunit des poèmes écrits entre 1930 et 1976. En 1928, Beckett, jeune irlandais de 22 ans, vient d’arriver à Paris en qualité de lecteur anglais à l’Ecole Normale Supérieure ; il y rencontrera d’ailleurs James Joyce qui sera pour beaucoup dans sa carrière d’écrivain.

Peu connu en Angleterre, il faudra attendre 1950 pour que soit révélé son talent en France, par le biais de Jérôme Lindon, qui découvre alors Malone meurt et décide de publier Beckett aux Editions de Minuit ; s’en suivra une riche aventure éditoriale qui verra son couronnement par le Prix Nobel de littérature en 1969.

On connaît Samuel Beckett pour son théâtre et ses récits, moins pour sa poésie, forme qui pourtant se prête parfaitement à l’exercice de son écriture, épurée et désincarnée, cette économie de mots qui toujours va à l’essentiel et psalmodie l’absurdité de l’être.

« disant encore il y a une dernière fois
de toutes les dernières fois
dernière fois que l’on supplie
dernière fois que l’on aime. »

De tous les auteurs contemporains, il est peut-être celui qui a su le mieux saisir la détresse humaine et exprimer son angoisse face au cruel dénuement de l’existence.

« Cette limitation me conduit à moi-même, là où je ne me retire plus derrière un point de vue objectif que je ne fais que représenter, là où ni moi-même, ni l’existence d’autrui, ne peut plus devenir objet pour moi. », Karl Jaspers

(On notera également, il a de ça quelques mois, la parution des écrits de Beckett sur le philosophe Arnold Geulincx, lecture qui a profondément influencé l’univers beckettien et qui fournit d’importantes clés pour la compréhension de son oeuvre.
Notes de Beckett sur Geulincx, Les Solitaires Intempestifs, 272 pages, 23 euros).

Par Boris Manchot

Samuel Beckett, Peste soit de l’horoscope, Les Editions de Minuit 2012, 48 pages, 7,50 euros.

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