Polaroid & Lomo Corp – Just do it


Pneu à Stimultania ©Polaroid Corp (Fred)

Dans le cadre du mois DIY (Do It Yourself – Fais le toi-même, ndlr.), initié par la médiathèque Tomi Ungerer de Vendenheim, Anaïs et Frédéric deux jeunes gens passionnés par la musique, exposent leurs instantanés de la scène strasbourgeoise. Interview.

Mais qui sont ces deux jeunes fous ? Cette fille et ce garçon toujours collés ensemble ? On les voit souvent au Mudd et d’ailleurs un peu partout où les concerts sont bons, appareils photos à la main, parfois assis à côté d’une batteuse à brandir un Polaroid ou à approcher dangereusement leurs machines à flash d’une guitare sous-acide. Ils courent les concerts et il nous arrive même de nous inquiéter quand ils ne sont pas là. Lui, c’est Fred aka Polaroid Corp, elle, c’est Anaïs ou Lomography Corp pour les technoïdes. Ensemble, ils shootent les musiciens strasbourgeois ou ceux de passage, et laissent un souvenir de leurs prestations à base de pellicule périmée, ou d‘effets hypnotiques. A eux seuls, ils prouvent qu’avec pas grand chose on peut justement faire beaucoup. Et c’est bien ça la philosophie DIY. Ce n’est seulement fabriquer des fanions à étendre dans sa cuisine ou enregistrer un EP avec les moyens du bord, c’est surtout avoir « l’envie de faire » et d’y mettre au service sa créativité. Véritable religion ces dernières années, mais présent bien avant les années punk, le DIY incite les musiciens, artistes et même petites gens à faire bouger les lignes très fermées de la création. Et Strasbourg n’est pas en reste puisque qu’avril y sera DIY ou ne sera pas. Grâce au projet monté par la médiathèque Tomi Ungerer de Vendenheim, les Strasbourgeois pourront apprécier le travail de ces structures qui insufflent un nouvel air à la création du coin : ateliers autour de la micro-édition, expositions et concerts, sérigraphies… Bienvenus dans un monde de bric et de broc mais qui a terriblement la classe. Anaïs et Fred y exposent d’ailleurs leurs photographies de concerts, et eux, on peut vous dire qu’ils l’ont la classe. Interview.

Si je comprends bien, l’un utilise le Polaroid, l’autre la Lomographie ? Pourquoi ?
Anaïs : Oui, plus ou moins, je ne sais pas pourquoi. En fait à la base, Polaroid et Lomo Corp sont interchangeables entre Fred et moi. Puis Fred s’est focalisé sur le Pola au fil des concerts, et moi j’ai toujours trouvé que la Lomo était plus cool : je peux utiliser des appareils qui proposent des photos très différentes, entre un Diana, un Fisheye, un Actionsampler, le rendu change, ce n’est pas le même format de photo. Je me lasse vite, la Lomo me permet de changer souvent. Et puis aussi, je n’ai aucune personnalité, Polaroid Corp existait en premier et j’ai juste voulu copier Fred, mais en un peu différent.
Fred : On peut passer pour des OVNIS, des hipsters ou des relous avec nos flashs mais j’aime les chemins de traverse.

« Rater ses photos avec classe, c’est presque se démarquer aujourd’hui »

 

Qu’est-ce qui vous plaît dans la Lomo et le Pola ?
F. : Le Polaroid est terriblement sous-exploité dans le monde de la photo de concert. Il ne pouvait que me séduire.
A. : Ce qui me plaît dans la Lomo, c’est le rendu un peu crade. On s’en fout que l’image ne soit pas cadrée, nette, ou qu’elle soit trop contrastée, ni même que les couleurs ne soient pas fidèles. J’aime que ce ne soit pas parfait. Quand c’est trop beau, trop net, trop parfait, ça a un côté agaçant. Et avec le numérique, tout le monde réussit ses photos maintenant. Rater ses photos avec classe, c’est presque se démarquer aujourd’hui.

Electric Suicide Club au 39 ©Lomography Corp (Anaïs)

Pour les « nuls », pouvez-vous expliquez le principe de chaque appareil ?
A. : Le principe c’est de ne pas viser avec le viseur, parce-que de toute façon en Lomo, il ne te sert à rien puisqu’il n’est pas « raccordé » à l’objectif… Donc tu shootes à l’arrache, et à force, tu connais ton appareil. Après avoir foutu en l’air 2, 3 pellicules, tu connais ton appareil et tu peux espérer des photos qui tiennent la route. Avec la Lomo, tu n’es jamais certain du résultat que tu obtiendras. C’est presque thérapeutique pour les control freaks.
F. : Le Polaroid, l’apogée de l’instantané, le culte du tout, tout de suite. Et même s’il existe des appareils avec 1001 réglages possibles, le Polaroid reste LA solution pour les recalés de l’argentique.

L’envie d’utiliser ses appareils vous est-elle venue par les tendances ou vraiment par amour du « grain » argentique ?
F. : Ni l’un ni l’autre, pour moi ça reste encore par pur esprit de contradiction avec les standards actuels. J’aime plus le Pola pour ce qu’il représente à mes yeux que pour son « grain ».

One Fuck One au Hall des Chars ©Polaroid Corp (Fred)

Pourquoi ne pas utiliser le numérique ou même, carrément, l’application Instagram sur iPhone ?
A.
 : On utilise que Blackberry, y’a pas Instagram dessus. Plus sérieusement, nous on veut la VRAIE photo, celle que tu as entre les mains. Pas celle qui se planque derrière un écran.
F. : Le numérique, je laisse ça aux surdoués du genre,Benoit Schupp, Jennifer Noesser ou Nelly Grandjean mais sinon j’aime bien le concept du mec à l’origine de ce site. Et Instagram -l’application au nom le plus nul de l’univers- ça me file des boutons.

« Tous ceux qui n’aiment pas prendre l’ascenseur sont DIY »

 

En fait, vous faîtes vraiment partie de la nouvelle génération DIY
A. : Je ne sais pas trop, je pense que ce n’est pas à nous de juger de ça. Mais ça dépend, il y a qui d’autres dans cette « nouvelle génération DIY » ? Je te dirai après si on en fait partie haha…
F. : Tous ceux qui n’aiment pas prendre l’ascenseur sont DIY.

C’est un passe-temps ou une passion à temps partiel ? A part la photo, vous faîtes quoi dans la vie ?
F. : Un pur passe-temps. Dans la vraie vie, je suis technicien en bureau d’étude dans les plaques de cuisson et traducteur Français – Danois.
A. : Ça fait partie de notre quotidien. En dehors des concerts, on ne prend pas particulièrement de photos, pas plus que ça en tout cas. Je dirais que c’est plus l’amour fou des trucs alternatifs et lofi. A part la photo, je fais des bédés un peu nulles, qui vont dans le sens du DIY aussi, ça s’appelle « Les (bons) conseils d’anaïs » et quand je ne fais ni l’un ni l’autre, c’est que je n’ai pas le temps parce-que je suis en train de finir mes études d’infirmière.

D’où vous est venue cette idée d’immortaliser des concerts ?
F. : Anaïs avait ramené son appareil numérique à un concert et là « tilt ». Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai commencé. Tout s’est fait au feeling.
A. : Pour moi, les grands groupes d’aujourd’hui ce sont les Feeling of Love, Ty Segall, Acid Baby Jesus, The Dreams, Bare Hands, les Black Lips, Regal, Bazooka et bien d’autres. Ce sont nos références musicales, c’est pour ça qu’on les prend en photo. On est juste des gros fans, en fait.

Regal au Mudd Club ©Lomography Corp (Anaïs)

Vous shootez systématiquement les concerts où vous vous rendez, ou est-ce que vous faîtes un choix ?
A. : Dans un premier temps, pour Lomo Corp je shootais tous les concerts où j’allais, puis ça a commencé à me prendre la tête, je me mettais la pression pour aller partout, sans plus avoir envie de prendre des photos ou d’aller à tel ou tel concert. Alors j’ai arrêté un peu et depuis je prends un concert en photo si j’ai envie. Parfois j’adore le groupe qui joue et je ne le prends pas en photo, parfois j’aime pas plus que ça et je le prends en photo. C’est principalement selon l’envie de prendre des photos ou pas.
F. : Si je vais un concert, je shoote systématiquement. Mais je loupe aussi énormément de choses, question de budget, à plus d’1€ la photo, ça fait réfléchir. Et quand on me pose la fameuse question : « Tu ne cherches pas à te faire sponsoriser ? » Je réponds toujours qu’il n’y a rien de pire que de représenter quelqu’un ou quelque chose. Je suis mieux comme je suis actuellement, complètement libre de mes mouvements.

« Notre but ultime, c’est d’ouvrir un bar »

 

Vous avez aussi, bien sûr, une autre passion qui est la musique, d’ailleurs vous organisez aussi vos propres concerts ?
A.
 : Je dirais même que notre première passion C’EST la musique. La photo c’est secondaire, pour moi en tout cas, Fred je sais pas. On organise nos concerts avec notre asso Echo-Echo, mais c’est Magali Correa qui est à la tête de l’asso, c’était son initiative, on l’a suivi. Ce n’est pas facile de trouver des salles où faire jouer les groupes à Strasbourg, et quand on fait des concerts en appart, la police vient trop tôt.
F. : On trouve que les Strasbourgeois ne bougent toujours pas assez mais ils pourront se défouler le 8 mai au Mudd Club avec Bazooka + Gay Anniversary !
A. : Notre but ultime c’est d’ouvrir un bar ou une salle de concert. Ça sonne con dit comme ça, surtout que ça doit être très compliqué à gérer, mais bon… Si on avait les thunes…

Finalement, ce n’est pas si difficile de trouver de bons concerts à Strasbourg…
A.
 : Non ce n’est pas si difficile. Mais Strasbourg n’est pas une ville évidente, il faut savoir quelles portes pousser. Ici la scène alternative est très riche, pour ceux qui aiment le lofi et le nofi etc… c’est sûr que si tu es érudit de jazz, t’as pas de chance d’habiter ici.

Quel est le concert qui vous a le plus marqué ?
A. : WOUAH, LA question. Vraiment ?! Il y en a un paquet, un seul c’est impossible… Les Black Lips à la Laiterie Club, l’an passé, c’était SAUVAGE. Sinon, le groupe grec Bazooka au Hall des Chars. Ty Segall, au Molodoï un soir d’hiver en 2010, tellement improbable ! Regal et JC Satan sont également deux groupes français qui m’ont fait de l’effet, dernièrement au Mudd Club. Et les Feeling of Love bien sûr, ils sont un peu notre groupe emblématique !
F. : Tokyo Sex Destruction à la Grotte, TV Buddhas au Molodoï (quand ils étaient encore deux) et les Feeling of Love au Mudd Club !


La question indiscrète : Vous êtes amoureux en fait, ça fait quoi de bosser avec son mec/sa meuf ?
A. : Depuis qu’on se connaît, on a toujours aimé tout faire ensemble, donc ça ne nous change pas trop ! C’est un projet commun, parmi plein d’autres qu’on a, juste que celui-ci est plus abouti, et a suscité de l’engouement chez les gens. C’est cool !
F. : Ce serait d’arrêter nos projets qui serait perturbant pour moi.

Lomography Corporation
Polaroid Corporation 

Infos pratiques :
Le mois DIY à la médiathèque Tomi Ungerer de Vendenheim, jusqu’au 28 avril
Anaïs et Fred exposent leurs instantanés de la scène strasbourgeoise jusqu’au 28 avril et sont accompagnés par une exposition d’affiches sérigraphiées
Samedi 14 avril de 9h à 18h : micro-salon de la micro-édition avec ateliers et présentations et à 17h : le concert de Feeling of Love
Jeudi 19 avril : soirée DIY avec la projection du documentaire Blood, Sweat + Vinyl : DIY in the 21st century et avec le concert de Pneu à 22h.

A voir aussi : notre entretien avec Tomi Ungerer

 

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Exposition, Musique, Photographie

2 En réponse à Polaroid & Lomo Corp – Just do it

  1. Marty

    Bonjour ! je vais surement poser une question débile, mais est-il possible d’utiliser des pellicules/recharge de lomography dans des appareils polaroid ? Merci de votre réponse.

    • Cécile Becker

      Et bien c’est une très bonne question à laquelle nous ne pouvons malheureusement pas répondre. Avez-vous essayé de contacter ces jeunes gens desquels nous parlons ?

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