Redonner du sens au design

 


À l’occasion de l’ouverture récente de l’hôtel Okko à Strasbourg, nous avions rencontré le designer des lieux, le célèbre Patrick Norguet. Rencontre avec cet amoureux du sens et des formes, qui replace le concept de l’expérience client au coeur de l’hôtellerie.

©Dimitri Coste, 2016

Parlez-nous de votre rencontre avec Olivier Devys, le créateur des hôtels Okko.

« J’ai créé mon studio en 2000, après avoir travaillé chez Louis Vuitton et j’ai commencé à développer des produits dont un en particulier, qui était la Rainbow chair, une chaise en plexiglass qui rentre au Moma à New York la même année. Avec mon équipe, je travaille sur des produits industriels, mais les marques viennent aussi me voir pour réfléchir à des espaces, comme ça a été le cas avec le groupe Accor en 2003.
À cette époque, on m’avait demandé de redessiner le concept de la suite Novotel – dont Olivier Devys était  Président. En 2008, il quitte le groupe et avant de partir, il m’a demandé sur un parking d’hôtel si je voulais l’accompagner dans une aventure, comme je suis quelqu’un d’entrepreneur et que j’aime les défis, j’ai accepté.

Comment l’aventure a-t-elle commencé ?

« L’hôtellerie c’est  vendre du sommeil donc on a commencé par dessiner la chambre. Comme le but d’Olivier était d’ouvrir une cinquantaine d’hôtels sur ce concept, j’ai développé la chambre de façon industrielle pour qu’elles puissent s’adapter à n’importe quel bâtiment.
Comme l’entreprise n’était qu’une jeune start-up, on l’a porté en réfléchissant ensemble à l’identité… Il en est résulté une dimension japonisante, facile à mémoriser, graphiquement très simple. C’est à Nantes en 2011, que le premier Okko a vu le jour, à partir de là on a commencé à travailler sur les espaces communautaires, au-delà de la chambre. L’ADN Okko s’est ensuite développé.»

Un espace bureau dans une chambre Okko ©Okko

Le style Okko, est novateur dans le milieu de l’hôtellerie, comment avez-vous réussi à moderniser le secteur ?

« La décoration ça ne m’intéresse pas, ce qui m’intéresse c’est de donner du sens,  réfléchir à ce qu’on va y vivre, Okko c’est avant tout une attitude, une expérience. C’est grâce à l’expérience d’Olivier, qu’on a pu se rendre compte de ce qu’il ne voulait plus. L’hôtellerie, c’est un métier très connoté, très culturellement ancré en France… Ce qu’on a fait, c’est démonter tout ça en supprimant les choses ennuyantes, le check-in, le check-out… notamment grâce au digital.
Il faut savoir étudier un client, un objet, une marque et voir les points qui frottent, qui font mal, pour alléger, simplifier, que tout soit plus fluide, redonner du sens en somme. C’est ça le métier du designer.»

La salle du restaurant ©Okko

Le client type d’Okko, c’est qui ?

« Au début, le modèle économique d’Okko c’était le court-séjour. C’était vraiment pour du business, quelqu’un qui passe une nuit ici, et repart le lendemain. Donc la trame de la chambre était restreinte et petite. On n’était ni dans du couple ni dans du loisir.
Mais on s’est vite aperçus que les jeunes, que vous, que moi ou autre, que les gens voyagent le weekend et tout au long de l’année. Okko capte aussi cette clientèle-là, qui n’est pas forcément liée au business. Ça a boosté le groupe. Je trouve que c’est une super retombée transgénérationnelle. »

Quels-les sont les spécificités de l’hôtel de Strasbourg ?

« Chaque projet est unique pour moi. Il n’y a rien de plus ennuyant que de voyager dans le monde et de tomber dans les mêmes endroits,  ce qui nous intéresse c’est la diversité dans le voyage. C’est pourquoi, dans ce projet, l’important était d’avoir des lieux différents. Alors j’ai souhaité faire rentrer la ville dans chacun d’eux. À part la chambre – qui est économiquement normée – je suis parti à chaque fois de 0, d’une feuille blanche, où j’ai reconçu l’espace par rapport à l’atmosphère, à la ville, ses matériaux… parce que chaque ville à sa spécificité. L’important, c’est de s’approprier le lieu, son architecture, et d’essayer d’en faire quelque chose d’unique, avec ses contraintes, parce que sans contraintes on s’ennuie.»

L’une des chambres au design industriel ©Okko

Okko hôtel
46 Rue du Bassin d’Austerlitz, Strasbourg
03 88 39 80 80

 

Par Caroline Lévy – Photos: DR

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie Architecture, Déco, Design, Hôtel, LIFESTYLE, STRASBOURG

Ajouter un commentaire