La Littérature et le Mal : une rentrée sacrifiée

« Ce n’est pas à cause des contraintes qu’il impose mais parce qu’il n’en impose aucune que le roman doit être combattu. » – Denis Hollier –

Au beau milieu des quelques 600 titres de cette rentrée littéraire,se dégage une mouvance toute singulière, un corpus dérangeant et qui a pour thème principal : la violence. Une violence qui s’exprime de multiples façons, mais qui place toujours la douleur comme héroïne de ces nouveaux titres de septembre.
Il y a ainsi le dégoût des images médicales de Réanimation de Cécile Guilbert, le choc de l’amour incestueux de Tigre, Tigre ! de Margaux Fragoso, la provocation pornographique d’Une semaine de vacances de Christine Angot ou encore de Oh ! de Philippe Djian (qui débute par l’évocation d’une scène de viol), sans oublier l‘Eloge littéraire de Anders Breivik de Richard Millet…

La qualité de ces titres n’est pas le propos, c’est l’omniprésence de la violence que l’ont peut ici interroger. Symptomatique d’une époque qui ne positionne son discours que par défaut, incapable de créer un sens premier, injonctive, voyeuriste et culpabilisatrice ; cette violence comme valeur suprême, c’est la fin du rêve, de la beauté et du sensible.
On trouvera sans doute à produire un argumentaire positif à l’existence de cette forme de littérature, qu’on nous épargne cependant l’élimée « liberté d’expression », car ce qui s’exprime ici est en effet gratuit, mais aussi aliénant.

Expression de la violence, l’aliénation est la position dans laquelle nous place la lecture de ces ouvrages. Témoin d’une violence qui le dépasse, et dont il ne sait que faire, le lecteur a la dérangeante impression de participer d’un acte cathartique, et qui le laisse exsangue.
On pourra rétorquer qu’il suffit de ne pas ouvrir ces livres pour éviter cela, pourtant cette violence sourde s’exprime malgré tout dans le paysage littéraire actuel et est par ailleurs largement relayée par les acteurs du monde du livre car il est connu que le scandale fait vendre.

Au final, il faudrait savoir ce que l’on cherche en littérature, quelle expérience on veut y vivre, celle de l’ouverture, ou de l’enfermement, à condition d’en connaître les enjeux, « La littérature est l’essentiel, ou n’est rien. Le Mal – une forme aiguë du Mal – dont elle est l’expression, a pour nous (…) la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l’absence de morale, elle exige une hypermorale. » (Georges Bataille).

Par Boris Manchot

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