SEPPIA : Du réel au virtuel

Cédric Bonin et Pascaline Geoffroy, co-producteurs de SEPPIA © Henri Vogt

SEPPIA fête cette année ses 15 ans.  La Société d’édition et de production de programmes interactifs et audiovisuels est l’une des structures les plus dynamiques du Grand Est en matière de coproduction européenne : documentaires haut de gamme, outils de production broadcast, diversification, indépendance. Portrait d’une boîte de prod qui va bien…

Dans le vaste appartement qu’occupe SEPPIA depuis 2008, en face du parc du Contades, les salles techniques se succèdent, en enfilade, comme les étapes qui marquent la fabrication d’un film : studio son avec traitement acoustique pour l’enregistrement des commentaires et des doublages, salles de mixage, d’étalonnage, de montage, de sous-titrage… Derniers investissements en date : un auditorium de design sonore et de mixage 5.1 ou surround installé dans un 2e lieu à Neudorf et le matériel nécessaire au doublage labial pour les fictions, qui permettra de finaliser le premier long-métrage de studio coproduit par SEPPIA, le film arménien Bravo Virtuose. En veille technologique permanente, Pascaline Geoffroy et Cédric Bonin, co-gérants et producteurs depuis 2009, assurent la pérennité de la société « en expérimentant des choses nouvelles et en développant des activités parallèles ». Dans un domaine où « l’enjeu est de trouver les bons projets et de faire en sorte que les films aient le plus de chances de trouver leur public », selon Cédric, diversifier ses activités est une stratégie judicieuse. La société, créée en 2002 par Jean-Jacques Schaettel sous le nom de Carmin films, a ainsi organisé son savoir-faire autour de 4 entités : SEPPIA Film, SEPPIA Lab (regroupant ses prestations techniques), SEPPIA Impact (production de films institutionnels) et SEPPIA Interactive (pour s’adapter aux canaux de diffusion liés aux nouvelles technologies). Selon Georges Heck, président-fondateur de l’association Vidéo Les Beaux Jours, et ancien directeur du département cinéma et audiovisuel de la ville de Strasbourg et de l’Eurométropole, « un des atouts de SEPPIA est d’avoir plusieurs cordes à son arc, avec la production pure de qualité, soutenue par des collectivités, et le travail multilingue pour Arte. Une chaîne comme Arte est une chance pour Strasbourg, en plus de France 3 Alsace et Alsace 20, car l’une des conditions d’obtention du soutien demandé en amont pour le documentaire est d’avoir un diffuseur. »

Lucas Litzler, ingénieur du son stagiaire © Henri Vogt

Au cœur de l’Europe

L’ancrage de SEPPIA au cœur de l’Europe constitue une particularité qui fait sa force puisque, depuis 2005, elle s’attache à développer la dimension internationale de ses productions, en multipliant les coproductions, travaillant avec des collaborateurs artistiques en provenance de toute l’Europe et revendant ses films à l’étranger. « SEPPIA a beaucoup joué sur le franco-allemand, ce qui a été initié par Cédric Bonin, précise Georges Heck. En cherchant des coproducteurs de l’autre côté du Rhin, elle a pu monter des projets plus ambitieux avec des possibilités de diffusion en Allemagne. » SEPPIA est la première société de production en France à proposer ses films en Haute Définition (dès 2005), mais aussi à faire de la vidéo en 360° et des films en réalité virtuelle. En 2012, elle produit le premier film en 3D d’Alsace, Le Défi des Bâtisseurs, sur l’histoire des maîtres d’œuvre qui ont édifié la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Son plus beau succès à ce jour, à la fois en salle et en DVD. Un pari réussi puisqu’un budget de 850 000 € lui avait été consacré (quand celui-ci n’excède pas 250 000 € par film en moyenne).

Complémentarité

Pascaline Geoffroy et Cédric Bonin cultivent leur goût du risque dans une complémentarité qui les prémunit de toute versatilité : « Un film, c’est toujours une prise de risque. Quand l’un s’enflamme, l’autre tempère ! », avoue Cédric. Et Pascaline d’ajouter : « Cédric s’occupe des relations publiques, et moi, des finances. Il faut faire rêver en trouvant un équilibre. Produire un film, c’est promettre des rêves réalistes, il faut des qualités commerciales sans faire de la survente. On est à l’interface, notre rôle est de faire tampon entre les créateurs et les diffuseurs. » Avec un catalogue de plus de 130 films produits en 15 ans, tournés dans 50 pays, sur des thématiques très éclectiques traitant aussi bien de culture, d’histoire, de géopolitique que de sciences ou de société, soit plus de 150 heures de programmes diffusés sur environ 165 chaînes françaises et européennes, SEPPIA, dont l’équipe n’est composée que de 9 membres permanents, montre que des projets de grande envergure peuvent être menés à l’échelle locale, loin des mastodontes de l’industrie cinématographique. Pascaline Geoffroy et Cédric Bonin font preuve de clairvoyance en s’adaptant constamment aux avancées technologiques, en proposant du contenu là où d’autres tombent dans l’écueil du profit à tout prix. Pascaline l’affirme avec modestie : « Faire du documentaire, c’est un parti pris, défendre des valeurs. » Un parti pris rationnel, comme en témoigne la sortie de trois films (Braguino, Bravo Virtuose, et Les Testicules de Tarzan) et de deux séries en réalité virtuelle (Art Stories et Dolphin Man) en 2017-2018.

www.seppia.eu

Par Séverine Manouvrier
Photos : Henri Vogt

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