Souvenirs rassemblés : 67ème Festival de Cannes

Illustration : Laurence Benz

Illustration : Laurence Bentz

À la manière des fameux Fragments de Georges Perec (1978), retour sur le 67e Festival de Cannes pour une libre évocation du quotidien de la Croisette et des foisonnements du cinéma.

Je me souviens de l’émouvant match de football sans ballon dans Timbuktu, superbe plaidoyer d’Abderrahmane Sissako contre l’extrémisme religieux au Mali.

Je me souviens que Noami Kawase filme admirablement la nature dans Still the water.

Je me souviens que Tommy Lee Jones a offert, avec The Homesman, un rare et puissant personnage de femme westernienne à Hilary Swank.

Je me souviens que Xavier Dolan a 25 ans et qu’il est un surdoué du cinéma.

Je me souviens d’Anne Dorval, extravagante mère au bout du rouleau dans Mommy de Xavier Dolan.

Je me souviens que la réplique « On s’achètera une ferme près de Montpellier » dans Grace de Monaco a déclenché l’hilarité en projection de presse.

Je me souviens du regard malicieux de Marcello Mastroianni sur l’affiche du 67e Festival.

Je me souviens des incessants grognements du peintre anglais dans Mr. Turner de Mike Leigh.

Je me souviens de la casquette d’Olivier Dahan.

Je me souviens que Jane Campion, la présidente du jury, s’inquiétait des tenues qu’elle allait porter pendant le Festival.

Je me souviens que Leviathan d’Andrey Zvyagintsev est un terrible et… drolatique réquisitoire contre la corruption en Russie.

Je me souviens que Gilles Jacob a fait la bise à l’actrice iranienne Leila Hatami, membre du jury cannois, et que cela a irrité les autorités de Téhéran.

Je me souviens que Bertrand Bonello a fait interpréter son « Saint Laurent » jeune par Gaspard Ulliel et âgé par Helmut Berger.

Je me souviens des paysages de Cappadoce sous la neige dans Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan.

Je me souviens qu’on a beaucoup vomi dans les films de la sélection officielle 2014.

Je me souviens qu’une jeune femme proposait d’échanger une invitation contre une bise.

Je me souviens qu’avec Deux jours, une nuit, Marion Cotillard s’est complètement fondue dans l’univers des frères Dardenne.

Je me souviens que le réalisateur chinois Wang Chao a promis d’assister à toutes les projections de son film Fantasia.

Je me souviens que Steve Carrel est méconnaissable dans Foxcatcher où il incarne un milliardaire américain halluciné et passionné de lutte.

Je me souviens du clochard qui, tous les matins à 7h55, pliait ses cartons devant l’entrée des Galeries Lafayette.

Je me souviens de Roxy, le chien de Jean-Luc Godard dans Adieu au langage.

Je me souviens que Godard n’est pas venu à Cannes pour la présentation de son premier film en 3D.

Je me souviens des yeux clairs, des paupières bleues, des bagues et des bracelets d’Angélique Litzenburger dans Party girl.

Je me souviens que Michel Hazanavicius n’a pas convaincu la Croisette avec The Search.

Je me souviens que Sylvester Stallone et ses acolytes d’Expendables 3 ont aussi fait un petit tour sur les marches.

Je me souviens des parfums calisson et amarena chez Vilfeu, le meilleur glacier de Cannes.

Je me souviens que, dans Maps to the Stars, David Cronenberg cite quatre fois le poème Liberté de Paul Eluard.

Je me souviens que Jimmy’s Hall pourrait bien être le dernier film de Ken Loach.

Je me souviens d’Adèle Haenel, têtue et tonique dans Les Combattants, amoureuse éperdue dans L’Homme que l’on aimait trop.

Je souviens de la robe rouge de Jane Fonda sur les marches du palais.

Je me souviens que, dans Sils Maria d’Olivier Assayas, Juliette Binoche se baigne nue alors que Kristen Stewart garde ses sous-vêtements.

Je me souviens de Depardieu monstrueusement nu dans Welcome to New York.

Je me souviens que Depardieu a aussi fait la promotion d’United Passions où il incarne Jules Rimet, l’initiateur de la Coupe du monde de football.

Je me souviens que Rosario Dawson est une enquêtrice très séduisante dans Captives d’Atom Egoyan.

Je me souviens que Sophia Loren a donné une Leçon de cinéma.

Je me souviens que l’équipe de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? est venue se faire applaudir sur les marches.

Je me souviens qu’au-delà du boulevard Bachaga Boualam, Cannes, même pendant le festival, ressemble à un village assoupi.

Je me souviens des jeunes Américaines qui ont fait la queue quatre heures durant pour voir Lost River, la première réalisation de Ryan Gosling.

Je me souviens que, dans La Chambre bleue, Mathieu Amalric revisite le mythe des amants maudits.

Je me souviens du mariage qui vire au chaos total dans Relatos Salvajes de l’Argentin Damian Szifron.

Je me souviens du vent qui soulève les robes longues.

Je me souviens qu’aux abords du palais, les belles quittent leurs ballerines pour des talons hauts.

Je me souviens que le générique du Festival de Cannes se déroule sur le Carnaval des animaux de Saint-Saëns.

Je me souviens que Sharon Stone est toujours la star préférée des chasseurs d’autographes.

Je me souviens que, dans Force majeure, une avalanche dans les Alpes fait exploser le faux bonheur d’un couple de vacanciers suédois.

Je me souviens des intermittents du spectacle interrompant la cérémonie d’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs.

Je me souviens de l’odeur du jasmin dans l’avenue Saint-Louis.

Je me souviens que Chopard, créateur de la Palme, a annoncé que celle-ci était fairmined, c’est-à-dire que l’or utilisé provient d’exploitations respectueuses des règles de développement économique, social et environnemental.

Je me souviens du sourire radieux de Nuri Bilge Ceylan, sa Palme d’or dans les bras.

Par Pierre-Louis Cereja

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