Steelcase : une poétique de l’espace

En cette période de vitesse accrue, Steelcase, créateur de mobilier de bureau, fait rimer mobilité avec sensibilité pour faciliter les conditions de la créativité. Rencontre dans le WorkLab à Schiltigheim, atelier d’idées nouvelles.

L’histoire centenaire de Steelcase débute avec des bureaux à l’épreuve du feu, juste avant la Première Guerre mondiale. Une innovation qui en a appelé d’autres, et qui s’inscrit dans les gênes de l’entreprise. Un siècle plus tard, les préoccupations sont autres, mais la volonté de conserver un temps d’avance – ou plusieurs, c’est selon – continue d’animer les équipes qu’on croise dans le worklab à Schiltigheim. Surtout à un moment où les pratiques, du fait de la révolution numérique, ont bouleversé la relation entre collaborateurs au sein de l’espace de travail.

Pour avoir visité les lieux il y a quelques années, la transformation est impressionnante ; elle confirme cette envie de favoriser le bien-être au travail et faire du bureau une seconde maison : à destination des “nomades” ou des “sédentaires”, des espaces adaptés, le bien nommé Maker Commons pour un brainstorming spontané, Ideation Hug pour une discussion connectée, Duo Studio, Respite Room ou Focus Studio, pour des activités en comité restreint, voire seul, en toute intimité.

Plus que jamais, Steelcase avance en pionnière dans cette manière d’adapter les espaces à ces nouvelles problématiques. « Je sais que c’est un casse-tête pour les ergonomes, nous signale, souriante, Catherine Gall, directrice des Alliances Stratégiques pour Steelcase sur la région Europe, Moyen-Orient et Afrique. L’ergonomie c’est l’adaptation de l’espace à l’homme, mais finalement l’homme s’adapte aussi à son espace. » Elle l’affirme d’autant plus facilement qu’elle développe en experte les programmes de partenariat avec les grands cabinets de design, d’architecture intérieure et de conseil en immobilier au sein d’une équipe internationale. « Ce que je trouve fascinant, nous explique-t-elle, c’est que cette décennie confirme ce qu’on avait supposé auparavant : nous pouvons consulter nos dossiers, nous voir et nous parler à distance. Et ainsi nous ouvrir le champ des possibles. »

La mobilité donc, mais qui n’exclut en rien l’ancrage. « Oui, cette possibilité d’aller partout, d’interagir dans une réunion par la téléconférence ne contredit pas la nécessité d’être ensemble pour alimenter la richesse du processus de création. »

Dans ce processus qui part du développement d’une idée jusqu’à la finalisation du produit, la résolution des problèmes complexes passe par des instants de « travail dans la même pièce ». À parcourir les espaces du WorkLab, on prend conscience que cette pièce est loin d’être un bureau fermé – même s’il est possible, en fonction de besoins technologiques spécifiques, d’en réserver un à tout moment –, mais qu’elle peut s’apparenter à un espace ouvert, confortable et propice à l’échange. Ce qui semble impossible, selon Catherine Gall, « c’est de pouvoir s’aligner émotionnellement à distance ».

Dès lors, il s’agit de limiter l’impact de la distorsion, d’où la création d’« espaces ouverts de socialisation » qui encouragent la génération et le partage des idées nouvelles. « Contrairement à ce qu’on pense en général, la culture digitale ne détache pas les gens », affirme-t-elle avec conviction. Au contraire, cette culture impose de repenser le sens, et mieux que cela : le sensible. Un mouvement nécessaire qui se vit dans des espaces conçus de manière chaleureuse, presque sensuelle, comme c’est le cas avec la bibliothèque au cœur du WorkLab – à proximité du WorkCafé, tiers-lieu signature de la marque Steelcase –, et son subtil design 50’s façon Mad Men, cosy, et ses matériaux au toucher délicat.

« Aujourd’hui, les cafés n’ont jamais été aussi remplis de ces gens qui souhaitent prendre le temps d’échanger », constate Catherine Gall. D’où l’idée simple de recréer un environnement équivalent, « émotionnel ». Derrière toute cette réflexion autour de la connexion, c’est bien la question du lien qui se fait jour. « Nous avons besoin de ces moments de discussion, de confrontation parfois – ça fait aussi la richesse des relations – et de ritualisation. Ce lien constitue un besoin vital dans notre travail. »

Steelcase
1, allée d’Oslo
Schiltigheim

Par Emmanuel Abela – Photos : document remis

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie Architecture, Déco, Design, LIFESTYLE, STRASBOURG, Vie quotidienne

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