Souvenirs de Chicago…

La troupe Strasbourg-Chicago. ©Rob Majchrowski

Tout juste remis du jetlag, Mickaël Labbé nous raconte son voyage à Chicago dans le cadre du premier déplacement du festival Strasbourg-Chicago dans la ville de tous les possibles. Et Audrey Canalès de lui répondre, comme un ping-pong…

Un voyage est en quelque sorte toujours une épreuve : une réalité dont le sens ne préexiste pas à l’expérience de celui qui l’entreprend. Au-delà du déplacement physique, se jouent des trajets mentaux, confrontations de nos fantasmes à l’inconnu qui nous attend. C’est ainsi que pour tout musicien, le fait d’aller donner une série de concerts aux États-Unis représente toujours inconsciemment une sorte de confrontation mythique entre rêve et réalité.
Par l’entremise du festival Strasbourg-Chicago, organisé entre autres par Audrey Canalès, une telle rencontre a été rendue possible pour trois groupes de la scène strasbourgeoise, Secretive, Away from Luka et Original Folks (dont je fais partie en tant que bassiste). C’est à peine rentré de cette tournée à Chicago que je vous livre ces quelques souvenirs.

Le groupe Original Folks (Herzfeld) en concert à Woodstock (Illinois) ©Audrey Canalès

Ce que je retiens avant tout de cette expérience, ce qui m’a le plus particulièrement ému, ce sont les merveilleuses rencontres qu’il m’a été donné la chance de faire. L’hospitalité de nos amis américains (ceux que nous connaissions déjà du fait de leur passage à Strasbourg, mais aussi tous ceux que nous avons découverts), leur gentillesse infinie à notre égard, me resteront durablement en mémoire. Je citerai notamment en ce qui me concerne Kate et Ian (et leur formidable chien Biscuit dont l’un d’entre nous a pu ramener un échantillon d’urine en souvenir) dont le dévouement sincère nous a tous vraiment désarmés ; Jon, être tourmenté et tragique autant que foncièrement touchant, qui nous a valu des moments à la fois drôles et en même temps d’une grande tristesse (engueulades avec sa colocataire en pleine « midlife crisis », morceaux de son disque fraîchement sorti qui ne s’affichent pas sur iTunes et nous en témoins médusés de la crise subséquente suivie d’excuses et de très bons moments) ; Daniel, Tedd, Nora, Drew, Gabriel, tous déjà aperçus à Strasbourg ; ou encore Rob et ses Awesome !!!, ma vraie révélation du voyage, l’une des personnes les plus formidables qu’il m’ait été donné de croiser (des pommes magiques aux discussions philosophiques dans le van nous conduisant à Minneapolis !). Sans compter les innombrables mots plus furtivement échangés avec tant d’autres (Andy, Dan, Nick, McKenzie, etc.). Le plus beau dans tout cela, c’est que grâce au festival, je sais que je serai amené à les revoir tous à Strasbourg et qu’il ne s’agissait pas que d’un mirage.

Une partie d'Original Folks avec Jon Drake

Mickaël et Rob

Dans les méandres du souvenir, m’arrivent également des images de cette ville magnifique qu’est Chicago. Étant véritablement passionné d’architecture, les impressions laissées par les merveilleux bâtiments d’Adler et Sullivan, de Burnham ou encore de Mies van der Rohe me hantent encore. Je suis vraiment heureux d’avoir pu partager ces déambulations dans Downtown ou Logan Square avec mes meilleurs amis Jacques, Roméo, Franck, Paul et Pierre. De tous ces moments de complicité, vous verrez peut-être un jour émerger un clip pour Original Folks, tourné à partir d’images filmées sur nos téléphones lors de nos excursions matinales sur le toit de John vers 8h30 du matin (bruit du métro et absence de rideaux constituent un mélange apocalyptique pour qui s’est couché entre quatre et cinq heures du matin).

Vue de Chicago ©Mickaël Labbé

Vue de Chicago ©Mickaël Labbé

Enfin, mêlée à toutes ces images du voyage, il y a la musique. Et parfois la réalité d’une tournée pour un groupe peu connu comme le nôtre. Les huit heures de van pour nous mener à Minneapolis devant une audience tentaculaire d’une dizaine de personnes et le fait que notre hôte supposé du soir (merci Clayton…) se soit mystérieusement volatilisé en cours de soirée, ne font que rajouter au charme quelque peu irréel de cette expérience. Surtout si je repense également à ces superbes moments musicaux dans le jardin d’Ian et Kate (totalement couvert de bâches pour l’occasion) ou à l’ambiance surréaliste de notre concert à Woodstock (dans l’Illinois je précise) dans un bar rempli de vieux hippies déchaînés ! Seuls le caractère improvisé et le côté DIY, quelques peu laborieux par instants certes, nous ont permis au final de vivre des moments authentiques et inattendus, qui font la saveur d’une tournée réussie.

Par Mickaël Labbé

UPDATE : La réponse d’Audrey Canalès

Hé Micka,

Trop modeste, ou concentré sur ta basse, tu as oublié les filles en délire à Woodstock qui dansaient sur votre musique, en faisant des coeurs avec leur doigts et en hurlant We love french romantic music ! Moi je m’en souviendrai longtemps, ainsi que de la vague d’extravaganza qui a suivi le dernier concert. Lancée par Rob et Andrada, une véritable transe en danse a envahi le public de hipsters chicagoans du Burlington. Ma plus grande surprise et ma plus grande fierté du séjour ont été de vous voir tous sortir de vous-mêmes devant ce nouveau public.

Regarder Jackass dans le van avec vous / Se faire voler nos pizzas par le plombier de nuit / Traverser le Wisconsin, ivres de fatigue dans nos énormes vans / Se gaver de burgers / Retrouver les chers amis des éditions précédentes / Communiquer avec des gens qui trouvent tout AWESOME. Tout le temps / Pour qui l’arrache et la débrouille sont une religion / Se réchauffer le coeur au rire de Rob : Man, I’m having the time of my life helping you out. Autant de moments irréels que je ne suis pas près d’oublier non plus.

Neuf jours c’est peu mais c’est suffisant pour avoir un aperçu de la brutalité de la société américaine, de la dureté de la vie pour certains, et malgré cette réalité, comme tu le dis, notre route a été émaillée de rencontres attendues ou pas, avec des personnes qui savent mettre du rêve et de la générosité dans leur vie. Daniel, Gabe, Bobby Joe, Nora, Matthew, Drew, Joe, Rob, Eric, Andy, Nellie, Ian, Kate, Nick je pense à eux quand j’écris ça, ainsi qu’à notre « Dude » préféré, un autre Daniel, qui a ramenés certains d’entre nous de Woodstock à Chicago dans sa vielle guimbarde prénommée Rosalita. Le rêve américain en prend un coup, mais on revient avec autre chose en tête, une foule de visages amis, des sensations diffuses, des paysages qui défilent, de la musique plein les oreilles, un rêve éveillé.

Et plus que quelques jours avant que ça ne recommence, que nos nouveaux amis débarquent comme si finalement, Chicago et Strasbourg n’étaient pas si loin. Un cycle d’allers-retours est lancé, et se poursuivra hors des moments de festival.

A bientôt pour que tu me pinces, que je te pince, et qu’on vérifie qu’on ne rêve pas.

Bises.

Audrey.

Festival Strasbourg-Chicago à Strasbourg, du 29 mai au 1er juin avec Chapel Hill, Ami Saraiya, Kaliayev, Julia Klee, Luneville, Musikanto, Audrey Canalès et Manuel Etienne. Programmation ici.

 

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