Z-U-Tape Décembre 2012

Nouveautés compulsives ou nuggets intemporelles, ou comment aborder l’hiver au chaud : Kevin Ayers, Nick Drake,Timber Timbre, Peter Hammill, John Maus, Kas Product, Lescop, John & Jehn, Wire, Roxy Music, Sparks, Ty Segall & White Fence, 13th Floor Elevators

Kevin Ayers, Puis-je ?

Peut-être l’une des grosses injustices de l’histoire du rock : il est l’égal d’un Syd Barrett, d’un John Cale ou d’un Brian Eno (trois artistes dont il était à la fois l’ami et le collaborateur), et pourtant personne ne cherche à se souvenir de Kevin Ayers. Le film Après Mai d’Olivier Assayas rend un hommage indirect à cette immense figure de la pop anglaise (à la fois en solo et avec Soft Machine). Cette version française de May I? finira peut-être par vous convaincre. Et puis comme dit : Vive la banane !

(Un petit clin d’œil très amical à Alexis D. et à Myriam C.-D., à qui l’on doit – entre autres – nos très belles séances modes dans Zut !)

Nick Drake, Know

Toujours dans Après Mai d’Olivier Assayas, cette ballade décharnée du songwriter magnifique Nick Drake : Know sur l’album Pink Moon. “Je voulais surtout que les choix musicaux du film soient au diapason avec les personnages, avec l’histoire que j’avais envie de raconter, c’est-à-dire celle de gens portés par les idées d’une minorité agissante et créative”, nous dit Olivier Assayas à propos de ses choix lors d’une rencontre au Star St-Ex, à Strasbourg (rencontre à lire dans ZUT ! 16 et aussi sur notre site).

Timber Timbre, Magic Arrow

Décidément, le cinéma français s’appuie sur de belles B.O. Pour son nouveau long métrage, Foxfire, Laurent Cantet a sollicité le groupe canadien Timber Timbre. Il décline ce titre extrait de son premier album pour appuyer l’ambiance 50′s du film, tout en insistant sur la dimension intemporelle du récit.

(L’interview à la fois du réalisateur et du groupe tout prochainement sur ce site)

Peter Hammill, The Second Hand

Il est en photo dans notre belle édition n°1 de  Zut Lorraine (une photo réalisée par l’éminent Gérard N’Guyen à l’époque de la revue Atem) : le vénérable Peter Hammill. L’ex-Van der Graaf Generator, idole de John Lydon et de Radiohead, nous avait annoncé en 1978 qu’il voulait The Future, now! (en réaction au “no future” des Pistols) Plus de 30 ans après, le message reste clair : toujours aller de l’avant !

John Maus, no title (Molly)

Bon, les plus perspicaces d’entre vous m’objecteront volontiers que ce titre figurait déjà au programme de notre Z-U-Tape de septembre, mais vous remarquerez que cette version diffère de celle qui a été publiée sur A Collection Of Rarities And Previously Unreleased Material ; elle est issue d’une session d’enregistrement en 2011. Maintenant, on attend la version finale de cette sublime démo.

Kas Product, Never come back

Ils l’avaient annoncé : Never come back ! Et pourtant leur come-back qui accompagne la réédition de leurs deux premiers LPs nous ravit de joie. Mona Soyoc et Spatz ont alimenté nos fantasmes les plus vibrants au début des années 80 : leur retour sonne donc comme une évidence ! Kas Product ne sera jamais le groupe d’hier, il s’affirme aujourd’hui avec le son du moment. “De toute façon, plus on avance dans les révolutions solaires, meilleurs on est !”, nous affirme Mona au moment de l’interview qu’elle nous a accordée pour Zut Lorraine n°1.

Lescop, Ljubjlana

Une belle rencontre avec Céline L. dans le numéro 16 de Zut ! StrasbourgLe jeune est réservé, un tantinet sur la défensive, mais il se livre bien volontiers. Loin des clichés qui sont formulés à son sujet, on a pu évoquer certains de ses héros, parmi lesquels quelques belles surprises, Yves Simon – une écoute de Raconte-toi renseigne sur les sources de Lescop –, Marlene Dietrich, évoquée sur son premier EP, et Bruce Lee. Ces deux derniers ont en commun, le dépassement de soi et un goût pour une forme de transcendance. Loin de toute décadence, l’affirmation de l’élégance.

John & Jehn, Oh My Love

Dans les interviews de Lescop, il est beaucoup question d’un Johnny Hostile – pas si hostile après tout, et plutôt de compagnie très agréable. Il ne s’agit en outre que de la moitié de John & Jehn, un très beau duo expatrié à Londres – oui, je sais, on en connaît d’autres des duos londoniens, et on les aime aussi. Nous les avions rencontrés lors de leur dernier passage à la Laiterie, c’était l’occasion d’une très belle photo de Christophe Urbain pour notre Zut ! Strasbourg n°1

Wire, The 15th

Bon, on n’a pas pu s’en empêcher. Formulons-le sans trop emphase : sans doute l’un des meilleurs titres de tous les temps !
Colin Newman au sommet de son art, trouve le bel équilibre entre l’énergie du punk et ses sources arty. On aime, et on en redemande. Ça tombe bien, le groupe s’apprête à publier des morceaux qu’il a composés en… 1979 ! Ces chansons restées inachevées seront proposées dans des versions ré-arrangées dans un nouvel album, Change becomes us. Sortie : le 20 avril.

Roxy Music, Virginia Plain

Au moment où Bryan Ferry les republie dans des versions 30′s, redécouvrons les originaux de Roxy Music, et notamment ce single sorti en août 1972, avec un certain Brian Eno aux claviers – le mot “machines” serait plus approprié pour ce bidouilleur de génie. Et si l’on tenait là le premier morceau new wave, dans un style qui doit autant au psychédélisme anglais, à la pop catchy qu’à Marcel Duchamp, idole absolue de Bryan.

The Sparks, Thank God It’s Not Xmas

Un gimmick annuel, toujours à la même période (voir Zut ! 12 Strasbourg), un morceau refuge, loin de toute cette vulgarité illuminée… L’idée que Noël n’existe pas, ou ne pourrait plus exister – ceci dit, avec un petit effort, on a vite fait de s’abstraire, non ? Et puis, dans le cas contraire, Thank God, il y aura toujours nos amis les Sparks. Bon, il y a aussi les Bredele que nous apporte Laurence B., là en direct ! (oui, les Bredele, une tradition, une vraie celle-là !)

Ty Segall & White Fence, I Am Not A Game

L’une des vraies réussites de l’année : la collaboration hallucinée de ces deux experts ès psychédélisme lo-fi ! Dans le marasme d’une année musicale presque pourrie – on nuancera ce propos très prochainement avec la sélection de la rédaction –, ils ont maintenu l’espoir d’une pop vécue, puis sublimée. Ce morceau figurera parmi ma playlist ultime, aujourd’hui, pour 2012 et sans doute à jamais !

13th Floor Elevators, Scarlet & Gold

Vous le savez, pas de 13ème étage aux États-Unis (on passe directement du 12ème au 14ème), heureusement il reste Roky Erickson, figure céleste du psychédélisme américain. En témoigne ce Scarlet & Gold, bancal à souhait qu’on trouve sur le dernier album du groupe. Pour terminer l’année en beauté…

Photos : John & Jehn (Christophe Urbain) & Lescop (Tony Trichanh)

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Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Musique

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