Z-U-Tape octobre 2012

Nouveautés compulsives ou nuggets intemporelles, ou comment aborder un automne psychédélique. Au programme : Melody’s Echo Chamber, Allah-Las, Mayo Thompson, Tim Buckley, etc.

Melody’s Echo Chamber, I Follow You

Que les Anglais nous l’envient déjà, décrétant au passage avec une pointe de dépit que French Music isn’t boring (NME du 29 septembre), tout cela est de bonne guerre. N’empêche que Melody Prochet a tapé dans l’œil (et dans l’oreille) du leader de Tame Impala, Kevin Parker, au point qu’il l’a sollicitée pour assurer sa première partie, avant de participer à l’enregistrement de son premier album. Le disque sort le 5 novembre (il est déjà disponible sur l’AMS), avec une touche distante et aérienne qui ravira les amateurs de Broadcast. D’ici là, on peut se familiariser avec l’univers éthéré de la jeune dame grâce à ses singles dont I Follow You, ritournelle dont on n’est pas prêt de se débarrasser.

Allah-Las, Catamaran

Peut-être le coup de cœur du moment ! Loin de toutes fioritures, un vrai retour au son west-coast 60’s, comme si la vie s’était arrêté quelque part entre juin 1966 et novembre 1968 pour cette formation californienne. Le fait qu’elle soit étroitement liée à la personnalité de Nick Waterhouse, la révélation soul du début de l’année et producteur de ce premier album, n’a rien de surprenant : ensemble, ils explorent un son pur, avec moult effets fuzzy, de la reverb et de superbes guitares wha wha.

Mayo Thompson, Horses

Attention rareté, l’ex-frontman de Red Crayola s’accorde une escapade en solo en 1970 sur cet album culte, Corky’s Debt to his Father. On reste aujourd’hui encore surpris par cette pop aux contours hasardeux qui ne demande qu’à s’écrouler, mais qui est maintenue sur le fil du rasoir par un artiste hors-pair. Les rééditions de cet ovni ont converti par vagues des générations entières de musiciens dont les Flaming Lips et autres Pavement.

The Sparks, This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us

Une sucrerie un brin acidulée signée par l’un des duos les plus sous-estimés de l’histoire du rock. En 1974, les frères Mael adaptent à Los Angeles le glam-rock typiquement britannique et inventent avec cette chanson un style qui aura bien des répercussions sur le punk américain et bien sûr la new wave. Il en résulte un hit troublant, un brin pervers, qui peut égayer certaines soirées décadentes.

Ty Segall, The Hill

Oui, je sais bien que Ty Segall figurait déjà dans la Z-U-Tape de septembre et j’apprécie votre perspicacité. Et en même temps, qu’y puis-je ? L’ami californien sort un disque tous les trois mois, que ce soit sous son nom ou avec d’autres. La tournée à venir – le 16 novembre aux Trinitaires à Metz, le 17 novembre à la Rodia, à Besançon –, ainsi que la grande réussite de son dernier album, Twins, nous incitent à en remettre une petite couche. De plus, ce titre manifeste quelque chose de la maturité du jeune homme qui quitte progressivement son approche lo-fi pour accéder au firmament de la pop psychédélique.

Tame Impala, Feels Like We Only Go Backwards

Alors là, spéciale dédicace à la ZUT Team. L’album de nos Australiens a tourné sur les ordinateurs en plein bouclage de Zut 15, même avant sa sortie. Ce titre en dit long sur le sentiment qu’on peut éprouver dans l’amorce finale de nos 180 pages – ce sentiment de ne plus avancer et même parfois de faire marche arrière, qui est inhérent à toute activité créatrice –, mais tout comme Tame Impala, nous avons avancé et même bouclé un très beau numéro ! (un petit clin d’œil au passage à Laurence B., Cécile B. et Céline L., toutes trois grandes fans de Tame Impala et de ce morceau en particulier).

The Flaming Lips, Feeling Yourself Desintegrate

À l’écoute du second Tame Impala, le critique rock Nicolas Ungemuth s’est interrogé durement sur un revival qui nous renvoyait aux Lips et à Mercury Rev. En amateur de rock garage, il n’a pu écouter que d’une oreille circonspecte ce qui s’est passé du côté du psychédélisme post-grunge dans les années 90, mais s’il n’avait vu ne serait-ce qu’une seule fois Wayne Coyne et sa bande interpréter ce morceau sur scène, il aurait peut-être exprimé un autre point de vue. Avec ce morceau qui raconte l’histoire d’un homme frappé par une balle invisible, le leader du groupe livre une prestation scénique comme on en rencontre peu : la blessure qu’il nous désigne au front est celle d’une humanité en proie au désespoir.

Pavement, Here

Sur le premier album de Pavement, Slanted and Enchanted, on trouve cette perle mélancolique qui montre que derrière le chaos, l’espoir mélodique demeure. Stephen Malkmus joue les slackers – entendez branleurs ! – mais il est cultivé, sans doute l’un des plus cultivés de sa génération – les allusions musicales à Frank Zappa ne sont pas que du fantasme ! –, et cette balade intemporelle tend à prouver l’étendue de son art.

The Byrds, Mind Gardens

En 1967, le niveau d’écriture de David Crosby atteint des sommets : en nous racontant l’intérieur de son jardin florissant, mis en danger par les murs que l’homme construit autour de lui, il rejoint les plus grands poètes américains. Vous pensez qu’il s’agit d’un chef d’œuvre absolu et vous avez sans doute raison, je le pense aussi. Les Byrds ne s’arrêteront pas en si bon chemin, ils multiplieront les petites merveilles du genre, même après avoir lourdé le pauvre David, à qui l’on reprochait de trop côtoyer les groupes concurrents, Jefferson Airplane notamment…

Tim Buckley, Song To The Siren

Tim Buckley (oui, le papa de l’autre, le petit Buckley) tutoie les étoiles. Forcément, il est le Starsailor ! Avec cette chanson qu’on connaît plus dans sa version reprise en 1983 par This Mortal Coil et Elisabeth Frazer des Cocteau Twins, il signe l’une des plus belles compositions pop de tous les temps. Allez, on cesse de bavarder, je vous invite à l’écouter !

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Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Musique

En réponse à Z-U-Tape octobre 2012

  1. Erwan Wike

    J’aime bien Melody’s Echo Chamber. C’est bien pour la nuit… Une musique assez calme mais qui reste entrainante. Merci pour la découverte.

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