D’abord, il y a cette beauté picturale, la finesse des traits, la douceur froide du regard perdu dans un ailleurs. La pâleur de la peau. Puis il y a cette voix, calme, gracieuse. Envoûtante. Déterminée. Les réponses sont concises. Directes. Les mots éclatent, bulles de douceur. La demoiselle sait ce qu’elle veut, sage ou sauvage jusqu’au bout de ses longs cheveux, on ne sait plus très bien, on la laisse faire, l’enfant de la balle. Autour d’elle, une aura qui force le silence. Et puis il y a la bienveillance du sourire, la porte qui s’entrouvre. Animal sauvage jamais apprivoisé mais qui se laisse, pour un temps, approcher.
À 36 ans, Isild le Besco a déjà vécu mille vies. On la connaît comédienne prodige (se) jouant d’un cinéma exigeant. Scénariste, réalisatrice, fille de, sœur de. Peintre, illustratrice. Écorchée. Et auteure, aussi, qui, après Sang d’encre publié il y a déjà dix ans, a sorti cette année un recueil de nouvelles, S’aimer quand même, aux éditions Grasset. « Ce livre est l’histoire de ma rupture avec ma vie d’avant, mes liens d’avant. Les liens du père, de la mère, les liens des frères et sœurs. » Ainsi, après Maïwenn, c’est au tour d’Isild de rouvrir les plaies du passé pour se créer un futur. De crier l’amour qui frappe et qui fait mal, l’amour de soi, des autres, malgré eux, malgré tout.
Ajoutant à ses souvenirs des récits imaginaires, des dessins personnels, des dialogues bruts rapportés comme ils ont été dits ou pensés, qui s’enchaînent encore et encore et claquent comme dans un match de boxe, elle raconte, finalement, la construction d’une identité. Malgré tout. Avec Lolita Chammah et Élodie Bouchez, Isild le Besco en fait une pièce, hybride, changeante, mouvante, mêlant théâtre, lecture et danse, comme autant de tableaux abstraits, qu’elles adaptent à l’esprit du lieu dans lequel elles vont jouer. Comme pour toujours, au fond, garder leur liberté.