
Le Port de Plaisance à Saverne
Il relie Paris à Strasbourg, la Seine au Rhin… Le canal de la Marne au Rhin trouve à Saverne sa halte la plus “wow”, avec accostage au pied de l’impressionnant Château des Rohan.
C’est une figure à Strasbourg, et un sacré caractère ! Dans notre série de portraits d’artisans, William H. nous raconte son parcours et sa vision du métier.
« Là, voilà, être cordonnier, c’est ça. Je vous donne ça [il nous tend un bout de cuir] et vous me faites une chaussure, ok ? Vous voyez ça, c’est du veau tannage extra lent, ça c’est une chaussure ! » William H. est un sacré personnage, « atypique » dira-t-il, un peu bourru – c’est ce qui fait tout son charme – mais surtout passionné et forcené de travail.
La chevelure folle et grisonnante, l’œil pétillant, il parle en ponctuant ses phrases de légers jurons avec l’accent d’un titi parisien. Normal, c’est de la capitale que vient le bonhomme. Tout gamin, il aidait déjà un maître bottier qui travaillait pour l’opéra (« j’y allais surtout pour les nanas » plaisante-t-il). Quelques temps plus tard, à l’âge de 10 ans à peine, il rend service à des cordonniers ou couturiers : « J’allais faire coudre des chaussures chez des gens qui avaient des machines. Je leur faisais quelques courses. Il me donnait un pourboire, ça me plaisait bien. »
Il suivra donc la voie qui lui est naturellement ouverte et se formera chez un cordonnier avant de déménager à Strasbourg et d’ouvrir sa propre crèmerie il y a 30 ans. Il testera plusieurs boutiques : boulevard de la Marne, Molsheim, Haguenau, Schiltigheim, route du Polygone avec l’envie d’ouvrir une petite chaîne de boutiques, baisse les bras, effrayé par les charges financières, et d’installer sa cordonnerie au 9, rue de l’Église.
Son savoir-faire il l’augmente au contact du cuir : « C’est ça, notre matière première. » Il le connaît ainsi par cœur : qu’il provienne de la tannerie Degermann à Barr ou d’Annonay, il connaît chacune de ses propriétés et les techniques pour le modeler. Il dessine et fabrique ses propres modèles – et même des modèles de baskets –, propose un service sur-mesure et répare évidemment les souliers qui lui sont confiés tout en tenant à mettre les points sur les i : « Un cordonnier ce n’est pas celui qui remet des talons et qui colle des semelles, c’est quelqu’un qui fabrique des chaussures. »
S’il affirme « qu’être artisan, c’est être seul » déplorant que « les gens ne s’aident plus, ne se parlent plus » un peu désabusé, quand on lui demande pourquoi il a choisi ce métier il répond : « Parce que c’est un très beau métier, intelligent, vraiment intelligent. » Un métier qui suppose de toujours se remettre en question. Nouvelle étape dans la vie de sa petite entreprise : l’ouverture d’un e-shop.
_ Cordonnerie Williams H
9, rue de l’Église à Strasbourg
_ Boutique Williams H
17, rue du Fossé-des-Tanneurs à Strasbourg
Par Cécile Becker
Photos Christophe Urbain